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Isabelle, un parcours de résilience et de reconstruction vers l'entrepreneuriat

Dernière mise à jour : il y a 7 heures

Isabelle, une femme autoentrepreneure résiliente
Isabelle GIRARD - Mandataire immobilier indépendante MegAgence




Ce qui me touche le plus dans mon métier d’Écrivain-Conseil® et de biographe, ce sont les histoires que l’on me confie.


Celles de personnes qui, à un moment de leur parcours, ont dû traverser un changement, une rupture ou une épreuve pour réinventer leur trajectoire.


Mon rôle est alors de recueillir cette expérience, de faire émerger le fil conducteur de leur parcours et de mettre en lumière ce qui a construit la personne qu’elles sont devenues.


Au fil des entretiens, je découvre souvent que derrière les épreuves se cachent des prises de conscience profondes, des transformations et parfois même un nouveau chemin de vie.


C’est pour cette raison que j’ai choisi de consacrer une série de témoignages à De l'épreuve à l'entreprise.


Récit d'Isabelle : la renaissance d'être soi-même

Biographe : Aujourd'hui, vous allez nous raconter une période particulièrement difficile de votre vie. Avec le recul, quel regard portez-vous sur cette épreuve ?


Isabelle : En fin de compte, je m'en suis sortie par moi-même.

Cela fait maintenant presque huit ans que je ne prends plus de médicaments psychiatriques. Je pense que c'est possible, mais il faut passer un contrat avec soi-même.

On ne lâche rien. Une fois qu'on a décidé d'avancer, on ne peut plus reculer.

Évidemment, cela ne se fait pas du jour au lendemain. Ce n'est pas comme une bonne résolution prise au Nouvel An. C'est un travail qui se prépare.

Quand je suis tombée malade, je me suis dit : « J'en ai besoin. » Et c'est à partir de ce moment-là que les choses ont commencé à changer.


Biographe : Votre histoire est donc celle d'un burn-out, mais aussi d'un véritable parcours de résilience vers l'autoentrepreneuriat ?


Isabelle : Oui. C'est un burn-out, suivi d'un travail sur moi-même pour retrouver peu à peu l'équilibre.

Je pense que beaucoup de personnes peuvent se reconnaître dans ce que j'ai vécu, parce qu'un burn-out arrive souvent sans qu'on s'en rende compte. Il s'installe progressivement. Autour de moi, personne n'a vu que je faisais une dépression.

Aujourd'hui, avec le recul, j’en connais les signes.

 

1. Des conditions de travail intolérables


Biographe : Revenons au début. Dans quel contexte travailliez-vous à cette époque ?


Isabelle : J'étais réceptionniste dans une thalasso depuis trois ans.

La dernière année, on nous a envoyé un nouveau directeur. Auparavant il était maître-nageur, et ne connaissait rien au fonctionnement de l'établissement.


Petit à petit, plusieurs collègues ont démissionné.

Une lourde charge s'est donc retrouvée sur mes épaules.

J’accomplissais plus de quatorze heures par jour.


S'il n'y avait personne pour me remplacer, je ne pouvais même pas aller me restaurer le midi.

Au début, je demandais à la comptable si quelqu'un pouvait tenir la réception pendant vingt ou trente minutes, juste le temps que je mange. Elle ne faisait pas mon travail, mais elle pouvait répondre au téléphone et prendre des messages.

Finalement, à la longue, tout le monde m'a oubliée.


Biographe : Comment s'organisaient vos journées ?


Isabelle : Normalement, il y avait deux postes.


Le premier commençait à sept heures du matin et se terminait vers quatorze ou quinze heures. Le second prenait la relève jusqu'au soir.

Mais comme il n'y avait plus assez de personnel, j’occupais les deux.


Je pouvais commencer à sept heures du matin et finir à minuit, lorsque la veilleuse de nuit arrivait.

Je n'avais même pas le temps de manger à midi.

Heureusement, les cuisiniers m'appréciaient. Le soir, avant que je reprenne la route, ils me préparaient un bon repas.


Biographe : Vous aviez également un long trajet.


Isabelle : Oui. Je travaillais à Ars-en-Ré, sur l'île de Ré.

Je parcourais cinquante kilomètres, environ une heure de route quand ça circulait bien.


L'été, avec les bouchons, je pouvais mettre jusqu'à trois heures. Cette situation a duré un an.


2. Des difficultés familiales de surcroît


Biographe : Est-ce que le travail est la seule raison qui vous a conduite au burn-out ?


Isabelle : Non. En même temps, beaucoup d’événements sont intervenus dans ma vie personnelle.


Pendant un an, je me suis beaucoup occupée de ma nièce, car mon ex-belle-sœur séjournait régulièrement en hôpital psychiatrique. Elle était en incapacité de s’occuper d’un enfant.


Mon frère me demandait souvent de prendre le relais. Il m'appelait en urgence pour que j'aille chercher leur fille, lorsque sa femme était hospitalisée.

Dès que j'avais un jour de repos ou que je finissais un peu plus tôt, je m'occupais d'elle.


Ma mère aussi était très présente.

Comme beaucoup de jeunes enfants, ma nièce nous appelait parfois « maman ». Mais nous la reprenions toujours.

Je lui disais : « Je ne suis pas ta mère, je suis ta tante. » Ma mère lui expliquait aussi : « Je suis ta grand-mère. »


J’ai toujours rassuré mon ex-belle-sœur : je ne prenais pas sa place.

Pourtant, elle supportait mal les liens qui s’étaient créés entre sa fille et nous.


Puis un jour, sans nous avertir, elle a obtenu, sur décision de justice, que ma nièce soit placée dans une famille d’accueil. Mon frère en était informé depuis six mois. Mais il ne nous avait pas prévenues de cette demande formulée aux services sociaux.


J’estime qu’il aurait fallu nous alerter. Nous n’aurions sans doute rien pu changer à la situation, mais nous aurions au moins compris.

Au lieu de cela, nous l’avons appris une fois que tout était arrêté. Ma mère l’a très mal vécu.


3. Accumulation des événements


Et ce n'était pas tout.

À cette période, il y a eu aussi plusieurs décès dans ma famille.

Une jeune cousine a succombé à la maladie.

J'ai également perdu un cousin, encore jeune. Il était sur le point de se marier. Sa fille n'avait que six mois lorsqu'il est décédé.


Tout s'accumulait. Le travail. Les trajets. Les difficultés familiales. Les décès.

Tout est arrivé en très peu de temps.

Je pense que, parfois, les choses négatives semblent s'enchaîner comme une fatalité.


4. Le point de rupture


Quand nous avons appris le placement de ma nièce, cela fut la goutte d'eau.

Je n'en pouvais plus. C'est à ce moment-là que je suis tombée en dépression.


5. Une descente aux enfers progressive et insidieuse


Biographe : Comment votre burn-out s'est-il manifesté au début ?


Isabelle : Chez moi, tout a commencé par le physique.

J'étais complètement épuisée.

Je continuais à travailler, mais je n'avais plus de forces.

Je devais m'appuyer partout pour ne pas tomber.

Quand j'étais assise, je me sentais encore à peu près bien. Mais dès que je me levais, cela devenait très difficile.

Même monter quelques marches me demandait un effort énorme.


Le soir, je conduisais en automatique. Il m'arrivait d'arriver chez moi sans savoir comment j'avais effectué la route.

Mon médecin était très inquiet.


Mon frère me disait souvent : « Chez toi, ce n'est pas le mental qui est arrivé en premier. C'est ton physique. » Et je pense qu'il avait raison. C'est ensuite que le mental a suivi.


6. Les années de traitement


Biographe : Une fois le diagnostic posé, comment avez-vous vécu cette période ?


Isabelle : Pendant six ans, j'ai pris des médicaments psychiatriques.

Au début, je me suis dit que j'en avais besoin. J'avais besoin de retrouver de l'énergie, de me reposer et de reprendre des forces.


Je savais que c'était une étape. Mais je me disais aussi que je ne voulais pas prendre ce traitement toute ma vie.

Je me suis dit qu'un jour, quand mon corps irait mieux et que je serais un peu plus reposée, il faudrait que je fasse un travail sur moi-même.


Biographe : À quel moment avez-vous senti que vous étiez prête à avancer autrement ?


7. Le déclic


Isabelle : Un jour, en tant que demandeuse d’emploi longue durée, j’ai assisté à une session d’aide psychologique organisée par France Travail. La thérapeute qui nous assistait nous a conseillé d’ouvrir notre baie vitrée, puis de prononcer uniquement des phrases positives. Le matin, et le soir.

Ses paroles ont produit comme une lumière dans ma tête.


À partir de ce moment-là, je me suis dit que, lorsque je serais prête, j'essaierais de reprendre ma vie en main.


Au bout d'environ six ans et sept mois, j'ai commencé à diminuer progressivement mon traitement. On ne peut pas arrêter des médicaments psychiatriques du jour au lendemain.


Puis un jour, j’ai pensé :

« C'est bon. Maintenant, j'arrête. »

Depuis, je ne prends plus de médicaments psychiatriques.

Cela fait presque huit ans.


8. Ma reconstruction


Biographe : Qu'avez-vous mis en place pour vous reconstruire ?


Isabelle : D'abord, j'ai décidé de faire un contrat avec moi-même.

Je me suis dit que je n'allais pas abandonner. Une fois que j'avais pris cette décision, il n'était plus question de reculer.

Mais ce travail ne se fait pas d'un seul coup. Il faut avancer petit à petit.


Tous les matins, j'ouvrais ma grande baie vitrée et je me répétais uniquement des choses positives.

Je me disais : « Je vais passer une excellente journée. »


Au début, ce n'est pas évident. On ne sait pas trop quoi dire. Mais à force de le faire tous les jours, cela devient naturel.

Ensuite, dans la journée, j’entreprenais tout ce qui pouvait me faire du bien.

Je marchais beaucoup dans la nature. Je prenais un bol d'air. La nature m'a toujours apaisée.


À cette époque-là, je n'arrivais même plus à crier. 

Une infirmière m'avait assuré :

« Le jour où tu arriveras de nouveau à crier, tu verras que tu iras mieux. »


Au début, je n'y parvenais pas. Puis, petit à petit, ma voix est revenue. Et un jour, j'ai enfin réussi.

Je hurlais de toutes mes forces dans un champ, là où personne ne pouvait m’entendre.


Je sentais que ça me libérait.

Chaque fois que j'en ressentais le besoin, je mettais en place une nouvelle chose positive.

C'était toujours quelque chose qui me procurait du bien, de l’apaisement.


Le soir, avant de me coucher, je repensais uniquement aux choses positives de la journée.

Bien sûr, il y avait aussi des difficultés, mais je choisissais de retenir le positif.

Ensuite, je me souhaitais une excellente nuit.

Et je recommençais le lendemain.

Tous les jours.


Biographe : Vous pensez donc que chacun doit trouver sa propre manière de se reconstruire ?


Isabelle : Oui. Chaque personne est différente.

Moi, j'ai découvert ce qui me faisait vraiment du bien.

Quelqu'un d'autre imaginera peut-être autre chose.

L'important, c'est de mettre en place, jour après jour, ce qui nous aide réellement à aller mieux.


9. Aujourd’hui


Biographe : Aujourd'hui, continuez-vous à prendre soin de vous de cette façon ?


Isabelle : Oui.

Je reste attentive aux premiers signes.

Je me suis aussi beaucoup intéressée à tout ce qu'on peut faire naturellement.

Quand je sens une baisse d'énergie, je prends du calcium.

Pour moi, cela fonctionne très bien.

Il faut simplement savoir qu'il vaut mieux le prendre avec de la vitamine D3 ou de la vitamine C, parce que le magnésium empêche son assimilation.

Je prends également de la vitamine D en gouttes tous les jours.


Il n'y a pas de recette universelle : chacun doit comprendre ce qui lui convient : des solutions naturelles, connaître son corps, etc.

Aujourd'hui, au moindre signe inhabituel, je réagis tout de suite. Je n'attends plus.


10. Mes conseils


Biographe : Quel message aimeriez-vous transmettre à celles et ceux qui traversent un burn-out ou qui sentent qu'ils s'en approchent ?


Isabelle : Je leur dirais de ne pas attendre.

Il faut apprendre à reconnaître les premiers signes.

Une fois qu'on a vécu un burn-out, on les identifie beaucoup plus facilement.

On reste plus fragile qu'avant.

Alors il faut prendre soin de soi.

S'écouter.

Se reposer quand c'est nécessaire.

Et surtout ne pas laisser la situation s'aggraver.


Biographe : Pour conclure, je vous pose deux dernières questions.

Qu'est-ce que cette période vous a appris sur vous-même ?


Isabelle : Elle m'a appris à m'écouter intérieurement, à prendre soin de moi et à me reposer lorsque j'en ai besoin.


Biographe : Et si cette expérience était un chapitre de votre vie, quel titre lui donneriez-vous ?

Isabelle : La renaissance d'être soi-même.

 

Conclusion


Je remercie chaleureusement Isabelle d'avoir accepté de partager ce chapitre de sa vie avec autant de sincérité.


Son histoire nous rappelle que le burn-out ne survient pas du jour au lendemain. Il s'installe souvent en silence. Mais il rappelle aussi qu'il est possible, avec du temps, de l'accompagnement et un profond travail sur soi, de retrouver un équilibre.


Si ce témoignage peut permettre à une seule personne de reconnaître les premiers signes du burn-out ou d'oser demander de l'aide, alors il aura déjà atteint son objectif.

 

Ces récits ont vocation à ouvrir des chemins, à susciter des prises de conscience et, parfois, à donner le courage d'oser un changement.


Si ce récit a fait écho à votre propre histoire ou à celle d'un proche, n'hésitez pas à le partager.


Dorith Voisin | Biographe & Écrivain-Conseil®

Co-écriture de récits professionnels et entrepreneuriaux.

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