Laure : parcours d'une combattante devenue femme libre
- Dorith VOISIN
- 30 juil.
- 10 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 4 jours

Ce qui me touche le plus dans mon métier de biographe, ce sont les rencontres.
Celles où une personne accepte d’ouvrir une page de son histoire qu’elle n’aurait peut-être jamais pensé raconter.
Au fil des entretiens, je découvre souvent que derrière les épreuves se cachent des prises de conscience profondes, des transformations et parfois même une nouvelle manière d’avancer.
C’est pour cette raison que j’ai choisi de consacrer une série de témoignages à De l'épreuve à l'entreprise.
Aujourd’hui, Laure nous confie une partie essentielle de son parcours : celui d’une femme qui a longtemps avancé en combattante, portée par ses valeurs et son besoin de défendre ce qui lui semblait juste. Mais au fil des années, elle a découvert que toutes les batailles ne se gagnent pas en résistant toujours davantage.
Après des épreuves personnelles et professionnelles qui l’ont profondément bouleversée, Laure a dû apprendre à poser ses limites, à prendre soin d’elle et à transformer sa force pour retrouver un nouvel équilibre.
Le titre qu’elle a choisi pour ce chapitre de sa vie résume parfaitement son cheminement :
« Ma première vie. »
1 - Aux racines d'une combattante
Biographe : Vous m'avez dit que votre histoire était celle de plusieurs circonstances qui vous ont construite, qui vous ont rendue plus forte. Quand vous regardez votre parcours, qu'est-ce qui explique cette force que vous avez toujours eue en vous ?
Laure : Je pense que j'ai toujours eu une nature de combattante.
Petite, j'étais assez rebelle, mais aussi un bon petit soldat. Dès que quelque chose ne me paraissait pas juste, j'allais au front, que ce soit pour moi ou pour les autres. Je ne supportais pas l'injustice.
Je crois que j'ai beaucoup hérité de mes parents. Quand ils rencontraient une situation injuste, ils se battaient. Ils m'ont transmis cette force, mais aussi beaucoup d'amour.
Mon père me répétait qu'il fallait être bien armée pour affronter la vie, savoir avancer, se relever et ne jamais se laisser faire. Ma mère m'a appris qu'il fallait rester dans le respect, transmettre de bonnes valeurs et toujours essayer d'apporter quelque chose de positif autour de soi.
Mon père était aussi un grand sportif. Très jeunes, il nous emmenait marcher toute la journée en montagne. Sans le savoir, il m'apprenait déjà l'endurance, l'effort et la capacité à continuer malgré la difficulté.
J'ai aussi grandi avec les récits de mes grands-parents autour de la Résistance. Cette idée qu'il existe des valeurs pour lesquelles il ne faut pas renoncer m'a profondément marquée.
Cette force m'a accompagnée pendant longtemps. Elle m'a permis de défendre des personnes, des causes, et de dépasser des situations difficiles.
2 - Le courage ne suffit pas pour vaincre.
Biographe : Vous dites souvent que votre première vie s'est arrêtée autour de vos vingt ans. Qu'est-ce qui a provoqué ce changement ?
Laure : J'ai vécu une terrible expérience ; elle m'a fait comprendre que toutes les batailles ne se gagnent pas en résistant frontalement.
Un jour, sur la route, un homme a mal réagi lorsque je l'ai doublé. Il a commencé à multiplier les queues de poisson et les freinages violents pour me faire peur. Je n'ai pourtant pas cédé à son intimidation.
Cela a attisé sa haine et je me souviens nettement du signe de la gorge tranchée qu’il a mimé. Cela ne laissait aucun doute sur ses intentions de me terroriser. La poursuite qui s’en est suivie durant plusieurs kilomètres a failli me coûter la vie : coups de bélier, tassages pour obliger mon véhicule à se déporter hors de la route.
Heureusement, j’ai réussi à m'en sortir grâce à mon sang-froid, à mon expérience des circuits automobile, et finalement à l'intervention d'une autre automobiliste.
En rentrant chez moi, j'étais encore sous le choc. Mes proches m'ont fait prendre conscience que j'aurais pu perdre la vie : Laure, c'est bien de se battre pour ses valeurs, mais ta vie est précieuse. Il faut parfois savoir faire autrement.
Ce jour-là, j'ai compris qu'il ne suffisait pas d'être courageuse. Il fallait aussi être lucide. Protéger sa vie consistait aussi à savoir renoncer au combat dans certaines situations périlleuses, sans pour autant abandonner ses convictions.
C'est à partir de là que quelque chose a changé en moi.
3 - Comprendre que toutes les batailles ne se gagnent pas en résistant frontalement
Biographe : Après ce terrible épisode, avez-vous eu le sentiment d'être entrée dans une nouvelle phase de votre vie ?
Laure : Oui. J'ai commencé à moins parler, à moins dire ce que je pensais, jusqu'à me taire complètement parfois.
Auparavant, je me situais dans l'élan, dans l'action, dans le combat. Je défendais ce qui me semblait juste, même si cela pouvait déranger.
Après cela, j'ai appris à encaisser.
Je pensais que c'était une manière de me protéger.
Mais avec le recul, je constate que je m’effaçais progressivement.
C'est dans ces années-là que j'ai vécu mes plus grandes blessures personnelles.
J'ai d'abord connu une première relation avec la trahison de mon compagnon et de ma meilleure amie.
Puis j'ai rencontré le père de mes filles.
Au départ, je ne pouvais pas imaginer ce qui allait se passer. Pour moi, les personnes manipulatrices s'attaquaient surtout à des personnes fragiles ou soumises. Or je ne m’identifiais pas dans ce profil.
J'étais une femme forte, indépendante, avec du caractère.
J'ai compris plus tard que certains pervers narcissiques cherchent justement des personnalités fortes, parce qu'elles représentent un défi : les fragiliser, les faire douter d'elles-mêmes, les briser mentalement.
C'est ce que j'ai vécu.
Cette nouvelle relation avec cet homme s'est construite dans une alternance de tendresse, et d’humiliations ; de paroles valorisantes, puis de paroles destructrices.
Du type « caresse, claque, caresse, claque ».
À force, je ne savais plus ce qui était vrai ou faux. Mes repères avaient disparu.
Moi, Laure, qui avais toujours avancé, moi qui me battais pour tout et tout le monde, j’avais perdu une partie de mes capacités.
Mais je continuais à avancer.
J'ai mis au monde mes deux filles.
Je travaillais. Je gérais. Je tenais envers et contre tout.
Sans vraiment réaliser que je portais déjà énormément.
4 - Quand « tenir » devient « s'oublier »
Biographe : Est-ce dans cette période que votre vie professionnelle prendra une nouvelle dimension ?
Laure : Oui, tout à fait.
Pendant longtemps, j'ai été dans le « je tiens, j'avance, je fais ce qu'il faut ».
Professionnellement, j'avais toujours beaucoup donné.
Après six années au poste de vendeuse, je suis devenue directrice d'un nouveau magasin. C'était une belle reconnaissance : j'étais devenue la meilleure vendeuse et mon patron m'a confié l'ouverture de ce nouveau point de vente.
Mais cette évolution a aussi représenté une énorme charge mentale.
En premier lieu, il fallait tout construire : créer une équipe, former des personnes, organiser le fonctionnement du magasin, prendre mes responsabilités.
Et puis, ma nouvelle fonction avait engendré des détracteurs jaloux. Je devais apporter les preuves de mon honnêteté contre les rumeurs malsaines que répandaient certains hommes envieux de mon poste.
En parallèle, je suivais une formation de manager.
Chez moi, nous avions convenu que mon conjoint devrait prendre davantage en charge l’entretien de la maison, s’occuper des filles, pour pallier temporairement ma nouvelle charge de travail.
Le soir, lorsque je rentrais harassée, je retrouvais une maison en désordre, le minimum fait, et de nombreux reproches constants du père de mes enfants. Donc pas d’aide efficace pour m’épauler.
Toutes ces pressions m’ont épuisée progressivement.
Je pensais encore que je n'avais pas d'autres choix que de tout gérer et tenir.
5 : Zone d'alerte !
Biographe : Est-ce à ce moment-là que le burn-out débute ?
Laure : Oui. J'ai ouvert le magasin en septembre 2017.
Dès janvier, certaines personnes autour de moi ont commencé à me mettre en garde : je devais ralentir. Elles se rendaient compte que je ne savais pas m’arrêter et que j'allais finir par exploser.
Je leur répondais que tout allait bien, que je tenais.
Je pensais même que le burn-out n’arrivait qu’aux autres, que c’était un effet de mode.
Même mon formateur m'a alertée.
Il m’a expliqué que sortir de sa zone de confort était nécessaire pour progresser, mais qu'il fallait savoir y revenir régulièrement pour l'agrandir.
En revanche, lorsqu'on y restait trop longtemps en dehors, elle devenait une zone d'alerte, puis une zone critique, voire mortelle si cela perdurait.
Selon lui, j'étais constamment dans cette zone d'alerte.
Je l'ai entendu. Mais je ne l’ai pas vraiment écouté.
Au mois de mai, je me suis effondrée.
Ma sensibilité exacerbée me faisait fondre en larmes pour des questions banales, du type « ça va ? »
Mon médecin insistait aussi pour que j’accepte un arrêt maladie.
Mais je refusais. Je continuais d’avancer, inconsciente que mon corps, lui, avait déjà opposé son veto.
6 : Le jour où son corps a dit stop
Biographe : Vous étiez donc déjà en plein épuisement lorsque d'autres bouleversements sont venus s'ajouter ?
Laure : Oui. À peine quelques mois plus tard, en août, j'ai découvert que le père de mes filles me trompait.
Mais pas avec n'importe qui.
Avec sa propre petite cousine, la fille de sa cousine.
Trahie à nouveau : cette fois-ci, j’apprenais que ce lien de consanguinité restait légal en France ! Un véritable cauchemar pour moi. Écœurant, bouleversant, je n’avais plus de mots pour exprimer ma colère et ma honte en même temps... Perte de repères, perte de valeurs. Cette monstruosité me paraissait inconcevable.
Et comme si cela ne suffisait pas, trois jours après, il mettait la maison en vente en catimini et m'annonçait qu'il partait.
Tout était déjà organisé de son côté.
La séparation, la vente de la maison...
Il avait pris sa décision seul et me l'a annoncée brutalement.
Je sortais à peine d'un burn-out pour lequel je n’avais pas voulu interrompre mon activité professionnelle.
J'avais tenu jusqu'au bout.
Mais cette fois, je me suis effondrée.
Je n'avais plus rien pour m'accrocher.
Biographe : Avec le recul, vous affirmez pourtant que ce qui ressemblait à une destruction serait plutôt le début d'une renaissance ?
Laure : Oui. À l'époque, j'avais l'impression d'avoir tout perdu.
En quelques mois, j'ai perdu mon mari, ma maison, mon travail.
Et aussi mon père, décédé brutalement d'un AVC alors qu'il était en parfaite santé.
Un choc immense pour moi.
J'ai eu le sentiment que tous les domaines de ma vie explosaient en même temps.
Mais aujourd'hui, je perçois les faits différemment.
J’affirme souvent que j'ai tout perdu mais qu'en réalité j'ai aussi beaucoup gagné.
Parce qu’à partir de cet effondrement j'ai eu l’occasion de me reconstruire.
7 - Le chaos avant la renaissance
Biographe : Comment avez-vous réussi à repartir après un tel bouleversement ?
Laure : Je n'avais pas vraiment le choix.
Il fallait avancer pour mes filles, me relever et tout rebâtir.
J'ai fini par accepter un arrêt de travail de trois mois durant lesquels je me suis fait accompagner par une coach.
C'était une étape importante, parce que pour la première fois, j'acceptais de prendre soin de moi.
Pendant longtemps, j'avais été celle qui portait tout.
Là, j’admettais que, moi aussi, j'avais besoin d'aide.
Ensuite, j'ai pris une grande décision : quitter l'Est de la France et partir en Vendée, la terre de mes origines, avec mes filles.
J'y ai rebâti mon quotidien avec un logement, un nouvel emploi.
Pourtant, je me retrouvais confrontée à certains schémas de mon passé.
On me confiait des responsabilités parce que j'étais capable de les porter, mais sans toujours me donner les moyens d'agir réellement.
Je redevenais celle qui absorbait les difficultés des autres.
J'ai pris alors conscience du risque de revivre le même engrenage.
Un an après mon premier burn-out, j'ai ressenti de nouvelles alertes.
Cette fois, je les ai écoutées.
J'ai compris quelque chose d'essentiel : je donnais trop.
Je voulais aider, faire avancer les choses, porter les projets, mais je ne posais pas suffisamment mes limites.
Alors j'ai dit stop, un véritable tournant dans ma vie.
8 - Le phénix renaît de ses cendres
Biographe : Est-ce à ce moment-là que vous avez créé votre propre activité ?
Laure : Oui. J'ai décidé de créer LOrchezsoi, en auto-entreprenariat.
Aujourd'hui, j'accompagne des personnes qui vivent des frustrations, difficultés ou événements qui se répètent dans leur vie. Je les aide à mettre en lumière les problématiques qui les empêchent d'avancer, d’atteindre leurs rêves et objectifs de vie. Pour cela, je m’appuie sur leurs lieux de vie ou professionnels afin qu'ils deviennent des alliés plutôt que des blocages.
Avec le recul, je comprends pourquoi ce métier est arrivé sur ma route.
J'ai dû apprendre à regarder autrement, à comprendre mes fonctionnements, à reconstruire un équilibre.
Je crois que toutes mes expériences m'ont préparée à accompagner les autres.
Je suis comme un phénix qui renaît de ses cendres.
Il a fallu traverser les flammes pour retrouver une nouvelle version de moi-même.
J'ai reconquis ma force de combattante, mais différemment.
Auparavant, je me battais contre tout.
Aujourd'hui, je sais choisir mes combats.
J'ai gardé cette énergie, cette capacité à défendre ce qui compte pour moi, mais avec davantage de douceur, de diplomatie et de bienveillance.
J'ai aussi accepté des aspects de moi que je rejetais auparavant, notamment certaines intuitions et certains dons qui m'accompagnent depuis l'enfance.
Finalement, tout ce que j'avais traversé avait un sens.
9 - Sa troisième vie : Laure enfin alignée
Biographe : Vous évoquez vos trois vies. Comment définiriez-vous cette troisième vie ?
Laure : Je crois que ma première vie était celle de la combattante.
Celle où j'avançais avec mon cœur, mon énergie, mes convictions.
Puis ma seconde vie fut celle où j'ai appris à me taire, à encaisser, à tenir bon.
J'étais toujours une guerrière, mais une guerrière qui survivait.
Aujourd'hui, j’occupe ma troisième vie.
C'est celle où je retrouve l'équilibre entre les deux.
Je garde ma force, mais je ne m'oublie plus.
Je peux être déterminée tout en étant douce.
Je peux défendre mes valeurs sans me mettre en danger.
J'ai traversé les combats.
J'ai traversé le chaos.
Et maintenant, j'ai l'impression que la lumière arrive.
Je récolte ce que j'ai semé depuis mon enfance.
J'ai un foyer où je me sens en sécurité, avec mes filles auprès de moi.
Ce n'est pas toujours facile d'être maman solo, mais nous grandissons ensemble.
J'ai accepté mes parts de lumière et mes parts d'ombre.
Aujourd'hui, je sais qui je suis et ce que je vaux.
J'ai aussi rencontré quelqu'un avec qui nous avançons dans une nouvelle structure familiale.
Tout n'est pas terminé.
Mais aujourd'hui, je suis enfin à ma place.
Biographe : Pour conclure cet entretien, qu'est-ce que cette période de votre vie vous a appris sur vous-même ?
Laure : Qu'il faut que je pose mes limites et que je conserve des garde-fous.
Biographe : Si toute cette traversée, de votre enfance jusqu'à votre renaissance, devenait un chapitre de votre histoire, quel titre lui donneriez-vous ?
Laure : Ma première vie.
Conclusion
Je remercie chaleureusement Laure pour la confiance qu’elle m’a accordée en partageant cette partie intime de son histoire.
Laure aime dire qu'elle a vécu trois vies. En réalité, il s'agit d'un même chemin : celui qui l'a menée de la résistance à l'équilibre. C'est sans doute la plus belle des renaissances : découvrir que la véritable force ne consiste pas à tenir coûte que coûte, mais à savoir aussi se protéger.
Comme le phénix qu'elle évoque, elle n'a pas effacé les épreuves. Elle les a transformées en une énergie plus juste, plus apaisée, qu'elle met aujourd'hui au service des autres.
Ces récits ont vocation à ouvrir des chemins, à susciter des prises de conscience et, parfois, à donner le courage d'oser un changement.
Si ce récit a fait écho à votre propre histoire ou à celle d'un proche, n'hésitez pas à le partager.
Dorith Voisin | Biographe & Écrivain-Conseil®
Co-écriture de récits professionnels et entrepreneuriaux.




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