François-Xavier : une révélation - Quand le burn-out devient le point de départ d'une autre manière de vivre.

Ce qui me touche le plus dans mon métier de biographe, ce sont les rencontres. Chacune révèle une manière différente de traverser les épreuves. Certains racontent avant tout leurs émotions.
D'autres cherchent à comprendre ce qui s'est joué, à analyser les mécanismes qui les ont conduits jusqu'au point de rupture.
Le témoignage de François-Xavier appartient à cette seconde catégorie.
Avec beaucoup de recul, il revient sur les deux burn-out qu'il a traversés et partage les prises de conscience qui ont profondément transformé sa manière de vivre, de travailler, et d'accompagner aujourd'hui les autres.
Je le remercie pour la confiance qu'il m'a accordée et je vous laisse découvrir son histoire.
Le titre qu'il donne aujourd'hui à ce chapitre de sa vie : Une révélation.
1. Quand le travail dévore toute une vie
Biographe : François-Xavier, vous souhaitiez me parler du burn-out que vous avez traversé. Comment tout a commencé ?
François-Xavier : Le burn-out que j'ai traversé est arrivé après une compilation, une empilade d'activités successives, jusqu'à ce que mon espace de vie se réduise énormément.
Pour moi, ça voulait dire que le travail avait pris tellement d'ampleur que je n'avais plus le temps de vivre.
Je travaillais sept jours sur sept, de huit heures du matin à huit ou neuf heures du soir. En rentrant, j'ouvrais une boîte de petits pois-carottes et je la mangeais directement. Je n'avais même plus la patience de les faire cuire.
Sur vingt-quatre heures, je travaillais environ dix-huit heures, sept jours sur sept.
J'étais trop fatigué.
À cette époque, nous sommes en 1995, j’étais conseiller en remise en forme et je gérais un SPA dans le golfe de Saint-Tropez.
Je pratiquais des soins, des massages, et je dispensais des cours de gymnastique.
En parallèle, j'avais entrepris des études d'ostéopathie après une saison déjà très chargée. Les cours m’ont occupé tout l’hiver.
Puis il a fallu aménager entièrement le SPA, avec un investissement physique énorme. Le soir, les week-ends, je ne me reposais pas, je travaillais.
Je pense que c'est cette surcharge qui a déclenché le burn-out.
Avec le recul, je pense que lorsqu'on est jeune, on croit que l'énergie est donnée pour toujours.
On ne se rend pas compte qu'elle peut s'épuiser. On dépasse sans cesse les limites.
Et un jour, il y a forcément un retour.
2. Les premiers signaux
Biographe : Avez-vous perçu les premiers signes ?
François-Xavier : Non. C'était la première fois que cela m'arrivait.
Je devenais irascible, extrêmement réactif au moindre signal. Je récupérais de moins en moins bien. Puis est arrivé un moment où je n'avais tout simplement plus les ressources pour faire ce que j'avais à faire.
Ma vie n'était plus que travail. Je n'avais plus d'autre quotidien que celui du travail.
Je me sentais extrêmement fragile, émotionnellement comme physiquement.
Mon corps me faisait souffrir. Je n'avais plus de force. La moindre action devenait un effort.
J'avais aussi beaucoup de mal à concentrer mon attention.
Et surtout, j'avais du mal à être disponible pour les personnes que j'accompagnais.
Pour quelqu'un dont le métier consiste justement à être présent à l'autre, c'était quelque chose de totalement nouveau.
À cette époque, on parlait très peu du burn-out.
Je ne savais pas vraiment ce qui m'arrivait.
3. Le moment où tout bascule
Biographe : Y a-t-il eu un élément déclencheur ?
François-Xavier : Oui. La création du SPA.
Avant son ouverture, j'ai énormément travaillé pour aménager les locaux.
J'étais pratiquement seul pour effectuer cette énorme activité physique.
En même temps, je devais assumer des loyers très élevés, des frais fixes importants.
Le stress psychologique s'ajoutait au stress physique.
Tout venait s'accumuler.
Pendant la saison, je n'arrivais plus à récupérer.
À la fin des soins, il m'arrivait d'avoir du mal simplement à me redresser de la table de massage.
J'ai terminé la saison, mais il ne fallait pas me parler de travers.
J'étais vidé. J'étais à fleur de peau.
4. "Fermer les robinets"
Biographe : Comment avez-vous réussi à guérir de ce premier burn-out ?
François-Xavier : J'avais le sentiment que je n'existais plus. Je vivais "en sous-vie".
Je me suis dit qu'il fallait enlever tout ce qui me pompait de l'énergie.
J'appelle ça « fermer les robinets » : crédits, abonnements, dépenses inutiles. Plus je réduisais mes besoins, moins j'avais besoin de produire.
J'ai progressivement quitté cette logique de production-consommation pour retrouver du temps de vie. J'ai simplifié mon existence. Je l'ai réduite à sa plus simple expression.
5. Trois années pour se reconstruire
Biographe : Combien de temps cela vous a-t-il pris ?
François-Xavier : Trois ans.
Mon activité s’était réduite uniquement aux soins à domicile, au rythme qui me convenait.
J'ai diminué considérablement mon train de vie et peu à peu j’ai retrouvé une organisation cohérente.
Puis j'ai créé un nouvel espace de soins sur la plage de Ramatuelle.
Et le travail intense a recommencé de plus belle. Pendant près de vingt ans.
6. Le deuxième avertissement
Biographe : Et finalement, un second burn-out est arrivé…
François-Xavier : Oui. Quelques années plus tard, la surcharge est revenue. J'avais développé mon activité, j'aidais aussi ma compagne à développer la sienne, avec de nouveaux aménagements et davantage de responsabilités. Notre séparation est arrivée.
J'ai reconnu immédiatement les signes du burn-out.
Cette fois, je les connaissais. Ce qui m’a aidé à achever ma saison.
Puis j'ai intégré une formation de professeur de yoga pendant trois ans.
Ce n'était pas seulement un apprentissage du yoga, mais un temps d'introspection, avec une enseignante qui établissait de nombreux liens entre yoga et psychanalyse.
Cette formation m'a permis de reconstruire plus solidement mon équilibre.
7. Une discipline de vie
Biographe : Depuis, qu'est-ce qui a changé pour vous ?
François-Xavier : Aujourd'hui, je reste vigilant. Les épreuves continuent d'exister, mais elles m'atteignent beaucoup moins. La discipline que j'ai mise dans ma manière de vivre me permet de maintenir un équilibre.
Cet hiver encore, j'ai traversé une épreuve très difficile. Mais je me suis rendu compte que les outils que j'avais construits tenaient bon.
8. Ce que le burn-out m'a appris
Biographe : Qu'est-ce que cette période vous a appris sur vous-même ?
François-Xavier : Que nous avons tous des limites.
Que la persévérance est essentielle.
Et surtout, qu'il ne faut pas tout mettre sur le compte de l'âge.
Pendant longtemps, on m'aurait dit :
"C'est normal, tu vieillis".
Aujourd'hui, je réponds :
"Non. Ce n'est pas l'âge. C'est l'accumulation. Le manque de rigueur dans la manière dont on gère son énergie."
Aujourd'hui, à soixante-deux ans, je me considère en meilleure santé que lorsque j'en avais quarante-cinq.
9. Transmettre ce que j'ai appris
Biographe : En quoi cette expérience influence-t-elle aujourd'hui votre métier ?
François-Xavier : Le premier burn-out m'a fait comprendre ce que signifie « être totalement perdu ». On n'a plus de repères, plus de force, plus de pensée, plus d'organisation. Tout devient problème.
Le second m'a fait comprendre le désarroi émotionnel absolu.
Sans le travail que j'avais déjà accompli sur moi-même, je pense que j'aurais pu exploser moi aussi.
J'ai pris conscience des raisons pour lesquelles certaines personnes envisageaient de mettre fin à leurs jours.
Aujourd'hui, je sais reconnaître ces états chez les personnes que j'accompagne.
Parce que je les ai traversés.
Je ne cherche pas seulement à leur apporter un soulagement.
Je cherche à leur redonner des appuis.
Pour moi, le burn-out, c'est le moment où l'on devient décorporé, car on n'habite plus vraiment son corps.
C’est pourquoi, aujourd’hui, je travaille à partir du corps. Chaque accompagnement est entièrement personnalisé.
Mon objectif est d'aider la personne à retrouver progressivement ses appuis, sa respiration, sa verticalité. J'appelle cela une reconstruction de la corporalité. C'est à partir d'elle que l'on peut remettre de l'ordre dans l'esprit. Petit à petit. Brique après brique.
CONCLUSION
Biographe : Si ces expériences étaient un chapitre de votre vie, quel titre leur donneriez-vous ?
François-Xavier : Une révélation.
Parce qu'elle m'a obligé à voir ce que je ne voulais pas voir.
Elle m'a appris que si nous ne respectons pas nos limites, la vie finit toujours par nous les rappeler.
Le regard du biographe
Chaque personne traverse le burn-out d'une manière différente.
Le témoignage de François-Xavier nous rappelle que, derrière l'épuisement, il y a parfois une remise en question beaucoup plus profonde de notre manière de vivre.
Son parcours montre qu'il ne s'est pas contenté de « guérir ». Il a progressivement construit une autre manière d'habiter son quotidien et d’accompagner les autres : il reste plus attentif à son énergie, à son corps et à ses limites.
C'est cette transformation qu'il appelle aujourd'hui, avec simplicité :
Une révélation.
Je remercie chaleureusement François-Xavier pour la confiance qu’il m’a accordée en partageant ce chemin de transformation.
Si ce témoignage a fait écho à votre propre histoire, n'hésitez pas à le partager.
Dorith Voisin | Biographe & Écrivain-Conseil®
Co-écriture de récits professionnels et entrepreneuriaux





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