Lydie, une femme qui a cessé de répondre aux attentes des autres

Ce qui me touche le plus dans mon métier de biographe, ce sont les rencontres.
Parce que derrière chaque entrepreneur se cache souvent une histoire de vie que l’on ne soupçonne pas.
C’est tout le sens de cette série De l'épreuve à l'entreprise.
Aujourd’hui, Lydie partage le chemin qui l’a conduite à ne plus vivre pour répondre aux attentes des autres.
Le titre qu’elle a choisi pour ce chapitre de sa vie :
« Ma renaissance. »
1 - Pendant des années, je me suis adaptée
Biographe : Lydie, aujourd'hui, vous êtes praticienne en Couture Révélatrice et vous associez cette pratique aux huiles essentielles. Vous accompagnez les femmes sensibles à se reconnecter à elles-mêmes, à exprimer pleinement qui elles sont et à rayonner librement, sans craindre le regard des autres.
Comment les accompagnez-vous ?
Lydie : Grâce à la Couture Révélatrice, aux huiles essentielles et à des rituels simples, je crée des espaces doux, profonds et vivants où chacune avance à son rythme, avec davantage de joie, de clarté et de fierté.
Biographe : J'aimerais revenir sur un épisode de votre vie. Quel est cet événement difficile que vous avez traversé et qui vous donne aujourd'hui envie de témoigner ?
Lydie : Ma fille est née en 2010. C'était un bébé désiré et sa naissance s'est très bien passée. J'étais heureuse. Pourtant, peu après, j'ai traversé une dépression post-partum.
Je serais incapable d'expliquer précisément ce qui s'est produit. Ce que je sais, en revanche, c'est qu'avant cela, j'étais déjà une personne qui ressentait énormément les choses.
J'avais aussi l'impression de devoir constamment m'adapter, une sensation qui m'accompagne depuis que je suis jeune.
J'ai longtemps cru que c'était lié au divorce de mes parents survenu très tôt. Je pensais que c'était la raison de mes dépressions. Alors je continuais à avancer avec cette idée : je m'adapte, je m'adapte...
Et puis ma fille est née et quelque chose s'est brisé en moi.
Du jour au lendemain, je n'ai plus réussi à m'adapter.
Les sons, les sensations, les émotions, tout est devenu beaucoup trop intense. Je pense que c'est ce qui a déclenché cette dépression.
Biographe : Quand vous dites que vous vous adaptiez en permanence, qu'entendez-vous exactement ?
Lydie : J'essayais simplement de correspondre à ce qu'on attendait de moi.
« Tu es une fille, alors mets des jupes. »
« Tu pourrais être un peu plus féminine. »
« Mange un peu moins. »
À l'école, sois sage et attentive, travaille bien.
Je suis entrée dans ce moule.
J'étais une élève sérieuse. Quand mon père me demandait quelque chose, je m'appliquais à le faire parce que je voulais qu’il m’aime. J'essayais toujours d'être comme il fallait.
Biographe : Aviez-vous le sentiment que, si vous ne répondiez pas à ces attentes, vous risquiez de perdre l'amour de vos parents ?
Lydie : Oui. Complètement. J'en étais persuadée.
Cette façon de fonctionner m'a suivie toute mon enfance, puis à l'âge adulte.
Même dans mon travail, je continuais à vouloir répondre aux attentes, auxquels j’ajoutais mes défis personnels.
Si l'on me disait : « Ce serait bien que dans six mois vous sachiez faire cela », je me fixais l'objectif d'y parvenir en trois mois.
J'avais besoin de prouver que je pouvais toujours faire mieux.
Puis ma fille est arrivée.
Et, je n'ai plus supporté que l'on m'explique ce que je devais faire.
2 - Je n'arrivais plus à rentrer dans le moule
Biographe : Qu'est-ce qui avait changé ?
Lydie : La moindre remarque me devenait insupportable.
« Ce serait bien que vous fassiez... »
« Il faudrait sortir les enfants... »
« Vous devriez... »
Rien que d'entendre ces phrases, je me sentais devenir folle.
Je n'en pouvais plus. Je ne supportais plus que l'on m'indique ce qu'il fallait faire.
J'écoutais, mais je savais que je n'y arriverais pas.
Tout était devenu trop compliqué.
Je pensais : Au secours, comment je peux faire ? Comment je vais pouvoir vivre si je ne parviens plus à m'adapter ?
Biographe : C'est donc à ce moment-là qu'est apparue la dépression post-partum ?
Lydie : Oui. J'ai finalement accepté de me faire accompagner.
J'ai suivi une psychothérapie et pris des antidépresseurs.
Ce traitement a duré deux à trois ans.
Mais très vite, une certitude s'est imposée à moi : je ne retournerai jamais au travail que j'exerçais auparavant.
Biographe : Pendant cette période, parveniez-vous malgré tout à vous occuper de votre fille ?
Lydie : Oui. C'est même ce qui est étonnant.
J'étais une maman à cent pour cent.
Ma fille n'a pas souffert de cette période. Son père était présent lui aussi, et, de mon côté, j'ai pleinement assumé mon rôle de mère.
En revanche, il n'y avait plus que cela. Je n'étais plus qu'une maman.
3 - Je n'étais plus qu'une maman
Biographe : Vous me disiez que vous étiez devenue uniquement maman. Qu'entendez-vous par là ?
Lydie : Je n'étais plus une personne. J'étais une maman, c'est tout.
Les personnes qui m'avaient connue avant ne retrouvaient plus la femme que j'étais. Elles voyaient seulement une mère.
Même auprès de mes sœurs, je n'étais plus vraiment leur sœur.
Je n'étais plus non plus la fille de mes parents.
Toute mon identité s'était réduite à ce rôle de maman.
Biographe : Votre vie sociale avait-elle disparu elle aussi ?
Lydie : Oui. Je ne sortais plus. Je ne rencontrais plus mes amis.
Je ne cherchais plus à me distraire.
Je restais chez moi et je m'occupais de ma fille.
Au début, cela ne m'a pas inquiétée. Je me disais que c'était normal. J'avais un bébé, toute mon énergie passait à prendre soin d’elle.
Mais au bout de six mois, j'ai commencé à me poser des questions.
Pourquoi n'avais-je plus envie de voir personne ?
Pourquoi n'avais-je plus envie de sortir ?
Là, j'ai compris que quelque chose ne fonctionnait pas chez moi.
Biographe : C'est à ce moment-là que vous avez accepté de consulter ?
Lydie : Oui. Au fond, je savais déjà que c'était une dépression, puisque j’en avais traversé d'autres auparavant.
Mais le médecin qui suivait ma fille ne me parlait jamais de moi.
À chaque rendez-vous, elle constatait que ma fille était en bonne santé, puis elle me rappelait que je reprendrais bientôt le travail.
À chaque fois qu'elle évoquait ce retour, je me mettais à pleurer.
La pédiatre prolongeait donc mon arrêt d'un mois, puis d'un autre.
Jusqu'au jour où il a fallu envisager sérieusement la reprise.
Je lui ai expliqué que c'était impossible. Alors elle m'a regardée et m'a dit :
« Vous savez, là, vous êtes en dépression. » Je lui ai simplement répondu : « Merci. »
Biographe : Vous aviez donc besoin que ce soit formulé par quelqu’un d’autre ?
Lydie : Oui, je lui ai dit « merci » car elle s’en était enfin rendue compte, ce n’était pas « moi qui crois que ».
Parce qu'elle mettait enfin des mots sur ce que je vivais.
Quelqu'un d'autre le reconnaissait. J'avais besoin de cette validation.
J'avais peur de me raconter des histoires, de me chercher des excuses du genre : Tu es paresseuse. Tu as eu assez de repos. Il faut te secouer. Tu n'es pas là uniquement pour t'occuper d'un bébé, toutes ces choses que la société nous répète.
Le fait que ce soit enfin nommé m'a permis d'accepter de me faire aider.
4 - Je savais que je ne retournerais plus jamais en arrière
Biographe : Comment les choses ont-elles évolué ensuite ?
Lydie : La psychothérapie et les médicaments m'ont aidée.
Petit à petit, une évidence s'est imposée.
Je ne retournerais pas dans mon ancien métier.
En 2011, j'ai été diagnostiquée « hypersensible ». Tout s'est alors éclairé dans mon esprit.
J'ai compris pourquoi j'avais toujours eu l'impression de devoir m'adapter, pourquoi tout me demandait autant d'énergie et pourquoi, après la naissance de ma fille, je n'avais plus réussi à continuer ainsi.
Je ne pouvais plus rester dans ce fonctionnement.
Il fallait que je m'écoute. C'était presque un cri intérieur.
J’ai réfléchi : « Je ne vais pas rester simplement maman à la maison. Je vais créer mon entreprise. »
Une évidence, simple à mes yeux. Oui, mais quelle activité ?
Pendant ma grossesse, j'avais appris à coudre.
Je n'avais réalisé que quelques ouvrages, mais, dans mon esprit, la décision était prise.
Je suivrais une formation et je construirais mon activité autour de la couture.
En 2012, j'ai créé mon entreprise La Félily dans ma région du Centre Val de Loire.
Biographe : Votre activité a-t-elle beaucoup évolué depuis ?
Lydie : Oui. Au départ, je confectionnais des vêtements sur mesure pour les femmes rondes.
Puis on m'a proposé d'animer des cours de couture.
D'abord pour les enfants. Ensuite pour les adultes.
J'ai aimé transmettre autant que créer.
Au fil des années, j'ai compris que la couture permettait bien plus que fabriquer un vêtement.
Elle aidait les femmes à reprendre confiance en elles, à retrouver leur place et à exprimer qui elles étaient vraiment.
C'est ainsi qu'est née la Couture Révélatrice.
Aujourd'hui, j'y associe les huiles essentielles et des soins de bien-être pour accompagner les femmes dans leur libération émotionnelle et les aider à avancer à leur rythme.
CONCLUSION
Biographe : Pour conclure, je vous demanderais ce que cette période vous a appris sur vous-même ?
Lydie : Cet épisode de ma vie m’a confirmé qu’il fallait compter sur soi déjà. J’estime donc que j’ai appris à trouver par moi-même une solution à mes problèmes, et à ne pas compter sur les autres au préalable. Même si j’accepte un peu d’aide dorénavant.
Biographe : La dernière question que je vous pose : « Et si cette expérience était un chapitre de votre vie, quel titre lui donneriez-vous ?
Lydie : « Ma renaissance » sans hésitation.
Le regard de la biographe
Je remercie chaleureusement Lydie d'avoir accepté de partager ce chapitre de sa vie avec autant de sincérité. Merci pour votre confiance.
Son histoire rappelle que certains bouleversements ne nous détruisent pas toujours. Ils nous obligent parfois à nous arrêter, à remettre en question des fonctionnements devenus impossibles et à emprunter un chemin plus fidèle à ce que nous sommes profondément.
La création de son entreprise n'est pas seulement une reconversion professionnelle. Elle est l'aboutissement d'un long cheminement intérieur, celui d'une femme qui a choisi de ne plus vivre uniquement pour correspondre à ce que l'on attendait d'elle.
Si ce témoignage a fait écho à votre propre histoire, n'hésitez pas à le partager.
Dorith Voisin | Biographe & Écrivain-Conseil®
Co-écriture de récits professionnels et entrepreneuriaux.





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